
À moins de huit mois de l’élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national remet au premier plan l’une de ses propositions les plus controversées : l’interdiction du port du voile islamique dans l’espace public.
Le député RN Jean-Philippe Tanguy a confirmé que le parti souhaitait sanctionner par une amende les femmes qui continueraient à porter le voile dans l’espace public si la mesure était adoptée. Cette proposition figurait déjà dans les précédents programmes présidentiels de Marine Le Pen.
Face aux obstacles juridiques attendus, Marine Le Pen envisage désormais de passer par un référendum. Jordan Bardella a également défendu le principe d’une consultation populaire portant plus largement sur la lutte contre « l’idéologie islamiste ».
Le projet soulève cependant d’importantes interrogations constitutionnelles.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué que l’exécutif avait des réserves aussi bien sur la constitutionnalité que sur l’applicabilité d’une interdiction visant uniquement le voile islamique. Elle estime que si un débat sur les signes religieux visibles devait avoir lieu, il devrait concerner l’ensemble des religions et non un seul signe religieux.
Plusieurs spécialistes du droit constitutionnel soulignent également que le recours au référendum ne garantirait pas automatiquement la validité juridique de la mesure. Interrogé par Le Parisien, le constitutionnaliste Benjamin Morel estime notamment qu’un affrontement avec le Conseil constitutionnel resterait possible.
Public Sénat rappelle de son côté que le RN privilégie précisément la voie référendaire afin de tenter de contourner les difficultés constitutionnelles auxquelles une loi classique serait confrontée.
La question provoque également des débats au sein même du Rassemblement national. Dès juillet, plusieurs cadres du parti avaient exprimé leurs doutes sur la faisabilité et l’opportunité politique d’une interdiction générale dans l’espace public.
Le sujet pourrait ainsi occuper une place importante dans la campagne présidentielle. Pour le RN, il permet de remettre les questions d’immigration, d’islam et de laïcité au centre du débat. Pour ses adversaires, il pose une question plus large : jusqu’où un gouvernement peut-il limiter l’expression religieuse dans l’espace public sans porter atteinte aux libertés fondamentales ?
Avec l’approche de la présidentielle de 2027, ce débat dépasse désormais largement la seule question du voile. Il pourrait devenir un affrontement institutionnel portant sur les pouvoirs respectifs du référendum, du Parlement et du Conseil constitutionnel.

