
Manille (Philippines) – La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, organisée cette semaine à Manille, est devenue le principal rendez-vous diplomatique mondial. Les chefs de la diplomatie américaine, chinoise et russe s’y sont retrouvés alors que plusieurs crises internationales – Ukraine, mer de Chine méridionale, Taïwan et Moyen-Orient – continuent d’alimenter les tensions entre les grandes puissances.
Rubio et Wang Yi préparent un sommet Trump–Xi
L’événement le plus attendu a été la rencontre de 90 minutes entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi. Les deux responsables ont principalement évoqué la préparation d’une possible visite du président chinois Xi Jinping aux États-Unis en septembre, qui pourrait déboucher sur un nouveau sommet avec le président américain Donald Trump.
Même si Washington et Pékin souhaitent maintenir un dialogue ouvert, plusieurs désaccords majeurs demeurent. Les discussions ont notamment porté sur les relations commerciales, la sécurité régionale et les mécanismes permettant d’éviter une escalade entre les deux premières puissances économiques mondiales.
La mer de Chine méridionale reste le principal point de friction
Les tensions en mer de Chine méridionale ont largement dominé les échanges. Les États-Unis ont réaffirmé leur soutien aux Philippines après plusieurs incidents récents entre navires philippins et chinois autour du récif de Scarborough.
Marco Rubio a rappelé que Washington respecterait son traité de défense avec Manille en cas d’agression, tandis que Pékin accuse les Philippines de provoquer les incidents dans une zone qu’elle revendique comme faisant partie de son territoire.
Les pays de l’ASEAN poursuivent parallèlement les négociations avec la Chine afin d’établir un code de conduite destiné à limiter les risques d’incidents militaires dans cette zone stratégique où transite une part importante du commerce mondial.
Taïwan demeure une ligne rouge pour Pékin
La question de Taïwan continue de peser sur les relations sino-américaines. Pékin considère toujours l’île comme une province chinoise et demande aux États-Unis de traiter ce dossier avec « la plus grande prudence ».
Washington, de son côté, maintient sa politique de soutien à Taïwan tout en affirmant vouloir éviter toute confrontation directe avec la Chine. Les exercices militaires chinois autour de l’île restent une source de préoccupation pour plusieurs partenaires asiatiques.
L’Ukraine s’invite également aux discussions
En marge du sommet, Marco Rubio s’est entretenu avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Les deux responsables ont évoqué la guerre en Ukraine, sans annoncer de percée diplomatique.
Le chef de la diplomatie américaine a déclaré que les États-Unis restaient prêts à soutenir toute initiative crédible permettant d’aboutir à une paix durable, tout en maintenant leur assistance à l’Ukraine via leurs alliés de l’OTAN. Moscou continue toutefois de dénoncer le soutien militaire occidental à Kiev.
L’ASEAN tente d’éviter une nouvelle polarisation mondiale
Au-delà des crises sécuritaires, les pays d’Asie du Sud-Est cherchent à préserver leur neutralité face à la rivalité croissante entre Washington et Pékin. Les ministres ont également abordé les conséquences économiques des tensions au Moyen-Orient, notamment les risques pesant sur les approvisionnements énergétiques via le détroit d’Ormuz.
En réunissant simultanément les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon, l’Australie, l’Inde et plusieurs partenaires européens, l’ASEAN confirme son rôle de plateforme diplomatique incontournable. Toutefois, malgré la reprise du dialogue entre les principales puissances, aucun progrès concret n’a été annoncé sur les principaux dossiers géopolitiques, laissant entrevoir une période où la gestion des crises primera encore sur leur résolution

