
Armonk (New York) – IBM a annoncé l’acquisition de HRL Laboratories, un laboratoire de recherche américain spécialisé dans les technologies quantiques, marquant un changement majeur dans sa stratégie de développement des ordinateurs quantiques. Jusqu’à présent, IBM concentrait ses efforts sur les qubits supraconducteurs, mais l’entreprise investira désormais également dans les qubits de spin en silicium, une technologie considérée comme plus compacte et plus facilement industrialisable.
Deux technologies pour un même objectif
Depuis plus de dix ans, IBM développe des ordinateurs quantiques basés sur des circuits supraconducteurs. Cette approche a permis au groupe de concevoir certains des processeurs quantiques les plus puissants au monde, dont Condor, doté de 1 121 qubits, présenté en 2023.
Avec le rachat de HRL Laboratories, IBM adopte désormais une stratégie à deux volets. Le laboratoire américain est reconnu comme l’un des leaders mondiaux des qubits de spin, une technologie qui exploite les propriétés quantiques des électrons dans le silicium. Contrairement aux circuits supraconducteurs, ces qubits peuvent être fabriqués à l’aide de procédés proches de ceux utilisés dans l’industrie classique des semi-conducteurs, ce qui pourrait faciliter leur production à grande échelle.
Plus de 10 milliards de dollars investis d’ici 2031
Cette acquisition s’inscrit dans un plan d’investissement beaucoup plus vaste. En juin, IBM a annoncé qu’il consacrerait plus de 10 milliards de dollars au développement de l’informatique quantique au cours des cinq prochaines années.
Ces investissements couvriront la recherche, la fabrication de nouvelles puces, l’extension des capacités industrielles, les acquisitions et les partenariats scientifiques. IBM prévoit également que les équipes de HRL commenceront à produire leurs premières puces quantiques dans son nouveau site de fabrication situé dans l’État de New York.
Une concurrence mondiale qui s’intensifie
Le marché du calcul quantique est devenu un enjeu stratégique pour les grandes puissances technologiques.
Google poursuit le développement de ses processeurs quantiques destinés à la correction d’erreurs, tandis que Microsoft mise sur une architecture fondée sur les particules de Majorana. De leur côté, plusieurs entreprises comme PsiQuantum, IonQ ou Quantinuum développent leurs propres approches afin d’accélérer l’arrivée de machines capables de résoudre des problèmes impossibles à traiter par les supercalculateurs actuels.
Selon IBM, aucune technologie unique ne garantit aujourd’hui le succès. L’entreprise estime que les qubits supraconducteurs resteront la meilleure solution pour les premiers ordinateurs quantiques tolérants aux erreurs, tandis que les qubits de spin pourraient offrir une meilleure évolutivité sur le long terme.
Un objectif fixé à 2033
IBM maintient sa feuille de route : l’entreprise prévoit de déployer son premier système quantique pleinement tolérant aux erreurs, baptisé Blue Jay, d’ici 2033.
Le rachat de HRL ne modifie pas ce calendrier mais ajoute une seconde voie technologique. Les deux architectures seront développées en parallèle avant d’être éventuellement combinées dans de futurs systèmes hybrides.
Une technologie encore loin de la commercialisation massive
Si les investissements se multiplient, l’informatique quantique reste une technologie émergente. Les ordinateurs actuels sont principalement utilisés pour la recherche, la simulation de matériaux, la chimie ou l’optimisation complexe.
Avec plus de 10 milliards de dollars engagés sur cinq ans et l’intégration d’une nouvelle technologie de qubits, IBM confirme toutefois que la prochaine étape de la course quantique ne reposera plus uniquement sur l’augmentation du nombre de qubits, mais aussi sur la diversification des architectures capables d’atteindre un calcul quantique fiable à grande échelle.

