
Bruxelles – Les pays européens membres de l’OTAN poursuivent une hausse historique de leurs budgets militaires. Selon les dernières estimations de l’Alliance, les dépenses de défense des membres européens et du Canada atteindront 634 milliards de dollars en 2026, contre 571 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 11 % en un an.
Cette accélération intervient dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les demandes répétées du président américain Donald Trump, qui souhaite voir les alliés européens assumer une part plus importante de leur propre sécurité.
Une hausse sans précédent depuis la guerre froide
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la plupart des pays européens ont fortement revu leurs priorités budgétaires. L’Allemagne, la Pologne, les pays baltes et les pays nordiques figurent parmi les États ayant annoncé les plus fortes augmentations de leurs dépenses militaires ces dernières années.
Selon l’OTAN, les 634 milliards de dollars prévus pour 2026 représentent le niveau le plus élevé jamais enregistré pour les membres européens de l’Alliance. Malgré cette progression, les États-Unis restent de loin le premier contributeur militaire de l’OTAN, avec un budget de défense largement supérieur à celui de l’ensemble des autres alliés.
Donald Trump maintient la pression sur les alliés
Lors du sommet de l’OTAN organisé à Ankara début juillet, Donald Trump a une nouvelle fois exhorté les pays européens à investir davantage dans leur défense. Washington estime que les États-Unis supportent encore une part disproportionnée des dépenses de sécurité de l’Alliance.
Cette position marque une continuité avec les précédentes administrations Trump, qui demandaient déjà aux membres de consacrer une part plus importante de leur PIB aux dépenses militaires. Les discussions ont également porté sur le partage des capacités industrielles, la production de munitions et le renforcement des capacités de défense aérienne.
Une économie mondiale sous pression
Cette montée des dépenses militaires intervient alors que le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance mondiale limitée à 3,0 % en 2026, avant un rebond à 3,4 % en 2027. L’institution souligne que les conflits géopolitiques continuent de peser sur les prix de l’énergie, les finances publiques et les échanges commerciaux.
Pour plusieurs gouvernements européens, le défi consiste désormais à financer simultanément la défense, la transition énergétique et les politiques sociales, dans un contexte où les taux d’intérêt restent élevés.
Une nouvelle stratégie industrielle européenne
Au-delà des aspects militaires, cette hausse des budgets bénéficie directement à l’industrie européenne de la défense. Plusieurs États ont lancé de nouveaux programmes visant à augmenter la production d’obus, de missiles, de systèmes de défense antiaérienne et de drones.
L’objectif est de réduire la dépendance envers les fournisseurs étrangers tout en reconstituant les stocks militaires, fortement sollicités depuis le début du soutien occidental à l’Ukraine.
Un équilibre budgétaire de plus en plus difficile
Si les dirigeants de l’OTAN considèrent cette augmentation des dépenses comme indispensable face aux nouvelles menaces sécuritaires, plusieurs économistes s’interrogent sur sa soutenabilité à long terme.
Entre ralentissement économique, dette publique élevée et inflation persistante, les gouvernements européens devront arbitrer entre leurs engagements militaires et leurs priorités économiques. La trajectoire des 634 milliards de dollars de dépenses de défense illustre ainsi un changement durable des politiques publiques, où la sécurité redevient l’un des principaux postes budgétaires des États européens.

