
Rome – À quelques mois de la COP17 sur la biodiversité prévue en Arménie, les négociations internationales mettent en évidence un écart considérable entre les engagements politiques et les moyens financiers réellement disponibles. Si plusieurs avancées ont été enregistrées depuis la COP16, les fonds mobilisés restent très inférieurs aux besoins identifiés pour enrayer l’effondrement de la biodiversité mondiale.
Un fonds mondial désormais opérationnel
Les discussions menées dans le cadre de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique ont permis de rendre pleinement opérationnel le Global Biodiversity Framework Fund (GBFF), créé après la COP15 de Montréal.
À ce jour, les contributions annoncées au fonds atteignent environ 382 millions de dollars, provenant notamment du Canada, de la France, de l’Allemagne, du Japon, de l’Espagne, du Royaume-Uni, de la Norvège et de plusieurs autres États.
Ces ressources doivent financer des projets de protection des écosystèmes, de restauration des habitats naturels et de soutien aux pays en développement.
Un objectif fixé à 200 milliards de dollars par an
Malgré cette avancée, les montants réunis restent très éloignés des ambitions adoptées lors de l’accord de Kunming-Montréal.
Les États se sont engagés à mobiliser 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour financer la protection de la biodiversité. Les pays développés doivent également porter leur soutien aux pays en développement à 20 milliards de dollars par an, puis 30 milliards de dollars par an d’ici 2030.
Le contraste est important : les 382 millions de dollars actuellement engagés représentent moins de 0,2 % de l’objectif annuel mondial.
L’Union européenne réclame un financement plus stable
Face à ce retard, plusieurs responsables européens demandent d’accélérer la mise en œuvre du Cali Fund, adopté lors de la COP16 en Colombie.
Ce mécanisme prévoit que les entreprises utilisant des données génétiques issues de la biodiversité contribuent financièrement à la conservation des écosystèmes, en particulier dans les pays où ces ressources sont prélevées. Toutefois, les contributions restent pour l’instant volontaires, ce qui alimente les inquiétudes quant à la pérennité du dispositif.
Les négociations se poursuivent avant la COP17
Réunis à Rome en février, les représentants des États ont poursuivi les discussions sur les mécanismes de financement, le partage des bénéfices issus des ressources génétiques et le suivi des objectifs internationaux.
Les travaux doivent se poursuivre jusqu’à la COP17, prévue en octobre 2026 à Erevan (Arménie), où les gouvernements devront présenter des mesures plus concrètes pour combler le déficit de financement.
Un défi politique autant que financier
Au-delà des chiffres, les négociations illustrent un désaccord persistant entre pays développés et pays en développement sur la manière de financer la protection de la nature. Les premiers privilégient des mécanismes reposant en partie sur le secteur privé, tandis que les seconds réclament des financements publics plus importants et plus prévisibles.
Avec seulement 382 millions de dollars mobilisés face à un objectif de 200 milliards de dollars par an, la question du financement est devenue l’un des principaux enjeux politiques de la gouvernance environnementale mondiale. Les décisions attendues lors de la COP17 seront déterminantes pour évaluer la capacité des États à traduire leurs engagements en actions concrètes.

