
Bruxelles – La Commission européenne poursuit la mise en œuvre du Digital Markets Act (DMA), le règlement destiné à limiter la domination des grandes plateformes numériques. Après deux ans d’application, Bruxelles estime que la législation produit ses premiers effets concrets : davantage de choix pour les utilisateurs, de nouvelles possibilités pour les développeurs et une ouverture progressive des écosystèmes d’Apple et de Google.
Apple doit ouvrir davantage iOS aux appareils concurrents
L’un des principaux changements concerne Apple. En vertu de décisions adoptées par la Commission, le groupe doit permettre aux fabricants tiers d’accéder à plusieurs fonctionnalités jusqu’ici réservées à ses propres appareils.
Depuis le 1er juin 2026, Apple est tenu de déployer des solutions d’interopérabilité pour des fonctions comme les notifications, l’appairage de proximité ou encore certaines fonctionnalités de bascule audio automatique. D’autres obligations, notamment concernant le partage de fichiers à courte portée et certaines fonctions réseau, devront être mises en œuvre avec iOS 27 ou d’ici fin 2026.
L’objectif est de permettre à des fabricants de montres connectées, d’écouteurs ou de lunettes intelligentes de proposer une expérience proche de celle des produits Apple.
Changer d’iPhone pour Android devient plus simple
Le DMA impose également de nouvelles règles en matière de portabilité des données. Apple et Google développent désormais un système permettant de transférer plus facilement les données d’un iPhone vers un smartphone Android, et inversement.
Selon la Commission européenne, cette solution permettra notamment de migrer les données personnelles, les paramètres de l’appareil et même les eSIM, réduisant ainsi les obstacles au changement d’écosystème. Les navigateurs tiers peuvent également importer directement les données de Safari grâce à une nouvelle interface développée par Apple.
Les premiers effets sont déjà visibles
Dans son premier rapport d’évaluation publié en avril 2026, la Commission estime que le DMA reste « adapté à son objectif » (fit for purpose). Elle affirme que les consommateurs disposent désormais de davantage de choix pour leur navigateur, leur moteur de recherche ou leur boutique d’applications, tandis que les développeurs peuvent accéder à des fonctionnalités auparavant réservées aux plateformes dominantes.
Mozilla, l’éditeur de Firefox, indique notamment avoir observé une progression du nombre d’utilisateurs européens choisissant volontairement son navigateur grâce aux écrans de sélection imposés par le DMA.
Apple continue de contester certaines obligations
Apple reste toutefois opposé à plusieurs dispositions du règlement. Début juillet, le Tribunal de l’Union européenne a rejeté le recours de l’entreprise contre sa désignation comme « gatekeeper » pour l’App Store et iOS, confirmant que ces services restent soumis aux obligations du DMA. En cas de non-respect des règles, les entreprises concernées s’exposent à des amendes pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial.
Le groupe de Cupertino affirme que certaines exigences ralentissent le déploiement de nouvelles fonctionnalités en Europe et compliquent le maintien de son niveau de sécurité et de confidentialité. La Commission rejette cet argument, estimant que le DMA n’empêche pas l’innovation mais impose simplement que les nouvelles fonctionnalités soient également accessibles aux acteurs concurrents lorsque cela est nécessaire pour garantir une concurrence équitable.
Une transformation durable du marché mobile
Avec ces nouvelles obligations, l’Union européenne redéfinit progressivement le fonctionnement des smartphones sur son territoire. L’ouverture des systèmes d’exploitation, la portabilité des données et l’interopérabilité des appareils connectés constituent désormais les principaux axes de la régulation numérique européenne.
Pour les consommateurs, ces mesures devraient faciliter le changement d’appareil ou de plateforme. Pour Apple et Google, elles marquent une évolution majeure de leur modèle économique en Europe, où leurs systèmes fermés devront désormais coexister avec des services et des équipements concurrents dans des conditions plus ouvertes.

